Fabe

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Biographie de Fabe

Son disque numéro quatre. Indomptable et opiniâtre, Fabe. Il n'est pas de ceux que l'appât du fric fera baisser son froc.
Si vous croyez que le rap est foutu, vendu, raison de plus pour écouter "La Rage de dire", contre-exemple luxuriant qui devrait clouer le bec aux défaitistes. Du travail d'artisan, où le détail est étudié (jusqu'à l'ordre des morceaux, articulé avec soin par l'auteur). Une écriture peaufinée, minutieusement limée - mais surtout pas polie pour faire joli (Fabe reste cet impertinent salutaire).

Des collaborations fertiles. D'abord celle au sein de la Scred Connexion (Fabe, Koma, Haroun et Mokless), "collectif le plus discret de Paris-Barbès" : une équipe haut de gamme qui fait du mot le meilleur antidote à nos maux. Ces complices ont en commun l'exigence, cette terre âpre, mais si propice au professionnalisme, à l'indépendance, à la créativité. Ensuite avec Double H Production, label indépendant (fondé en ?? par Cut Killer et son ami disparu East) qui, après avoir sorti le disque précédent de Fabe ("Détournement de son...", 1998), persiste et signe en publiant "La Rage de dire".
"Vous allez rencontrer un homme en colère, qui a une dent contre la société grosse comme le déficit budgétaire", nous prévient une voix off froide, surplombée du ronflement d'hélicoptères ("L'emmerdeur public n°1"). Et le rimeur insurgé de casser le syndrome Coupe du Monde, sur fond de hourras ovationnant un but. Coup de semonce asséné en une formule lapidaire : "Mais hors du stade la France flippe de nous". Quelques notes graves de piano attisent, d'un beat dépouillé, la tension. Ce morceau, où l'auteur se présente, est comme un second volet du single de l'album précédent L'Impertinent (dans "Détournement de son").

Fabe a plusieurs cordes à l'arc de son talent pour retenir l'attention de l'auditeur tout au long de l'album. Parfois, il a recours au scénario pour donner forme à un morceau (déposition, avec le cliquetis d'une vieille machine à écrire, comme dans un bureau de flics, pour Intro). Plus loin (Questions), sur une musique à la fois discrète et têtue de DJ Sample (qu'on avait entendu dans l'album de Koma, "Le Réveil"), c'est un question-réponse qui ne nous lâche pas, qui martèle la conscience, chaque vers se terminant par un "non" irrévocable.
Par son art de l'intonation, Fabe donne du peps à son phrasé. Il étire ou comprime les syllabes, marque un temps d'arrêt avant de finir un vers, jongle avec les sonorités, les allitérations... Pour le détourneur de son, le défi premier est de faire passer un message, intransigeant, qui pourrait sembler austère, sans le suspense cultivé par ces divers procédés.

Il y a bien d'autres perles, comme le finale inattendu de Excusez-nous . Et aussi les premiers mots de la plage suivante (C'est pas parce que...), qui surgissent comme en écho d'Excusez-nous, avant que Fabe et son guest, Sear (ex 1 Bario 5s'pry), opèrent un passe-passe verbal impeccable.

Parmi les autres invités, le Gang du Lyonnais (L'argent facile), dont la musique installe une ambiance forte sans pour autant étouffer le texte. Changement de climat avec On m'a dit (conviant Haroun, qui est aussi producteur du son), où une sorte de musique de film confère aux faits rapportés la dimension d'une véritable histoire - celle de tous ces élèves mis en marge par le système scolaire.
Sample de cuivres funky (bien vu par 20 Syl, producteur à surveiller de l'oreille) dans Stupéfiants (avec Koma). Couleur ample évoquant harpe et musique symphonique (par DJ Mehdi, concepteur de beats pour Ideal J et 113 Clan), insufflant un bol d'oxygène au propos grave de Fabe (Comment ils font). Verbe habité - dans La prochaine fois - de Rocé, autre représentant de cette approche du rap que l'on retrouve dans l'émission de Fabe et de DJ Pone, "Duo 2 Choc", sur Génération (88.2; tous les jeudis de 21 heures à 23 heures).


Il faudrait égrener tous les titres, car l'urgence se niche au creux de chacun d'eux. Les paroles acérées comme des flèches dans Evidence, transposant à la situation sociale française le slogan des Blacks Panthers, "Pas de justice pas de paix". La métaphore footballistique de Onze, subtilement mis en musique par Cutee B (compositeur de Remballe, également). L'épopée à l'envers - celle des oubliés de la société - contée avec Malik et Mehdi l'Affranchi (On n'a pas tous la chance).

Si vous vous êtes rendu à l'un des 45 concerts de la Scred en 1999, vous aurez vibré à l'ambiance chaleureuse qui y règne. Celle-ci est, dans l'album, portée à son paroxysme par l'hymne joyeusement agitateur qu'est Changer le monde. Sur une musique fraîche (d'Yvan), au parfum reggae afro-caraïbe, des adolescents font les backing vocals : "Tous on veut changer l'monde / Les filles rêvent de changer l'monde / Les mecs rêvent de changer l'monde / les gosses disent de changer l'monde". Un bouquet d'allégresse qui fait du bien à l'espoir.

L'art de Fabe est fédérateur par sa profondeur, sa rigueur, mais aussi à travers l'humour caustique distillé par la Scred Connexion, "le groupe qui monte comme tes nerfs quand ta femme parle de son ex". En témoigne par exemple Remballe. Ce clash vitaminé, lancé par Mokless', envoie sur le tapis les bluffeurs du rap et leurs phases à deux balles. Ce n'est pas moralisateur pour un rond. Mais réconfortant comme un bel éclat de rire. La soif de vivre. La rage de dire.

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