Pacewon & mr green (Biographie)

Par , publié le 14/11/2010 à 17:58 - 6 784 vues
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Biographie Pacewon & Mr Green

Pacewon & Mr Green
Lorsqu'on s'appelle Pacewon, qu'on vit dans le New Jersey, qu'on a un père qui collectionne les disques de jazz, de soul, de reggae depuis des années, qu'on a été bercé par les grands du rap comme Run DMC, Rakim, Slick Rick ou encore Doug E Fresh et qu'on a une réelle aptitude au mic, il ne manque plus grand-chose pour arriver au titre honorifique de MC.

New Jersey… C'est presque New York, longtemps considéré comme sa « campagne » où les échos des sales quartiers de la grande pomme y résonnent tel un pollen sonore qui a fécondé une myriade d'enragés dont les illustres Fugees, Lord of the Underground, Redman, Artifacts, Rah Diggah et autres Joe Budden. De son côté, Pacewon contribue à l'éclosion et fonde The Outsidaz, groupe composé de Young Zee, D.U. et Slang Ton où viennent un peu plus tard s'accoler Bizarre et un certain Eminem. Le crew explose en 1999 avec l'album « The Bricks » véritable feu d'artifice les propulsant sur le devant de la scène underground locale.

En 2008, changement de cap, le rappeur s'allie au Dj/Producteur Mr Green, mystérieux inconnu bourré de talent. Tous les deux composent un album nostalgique aux odeurs bitumées des grandes avenues New Yorkaises, au son des cris d'enfants jouant dans les parcs, effet proustien immédiat, retour dans les années 1990, l'âge d'or du rap.

Telle une légère brise fraiche, « Four Quarters » semble éveiller de vieux souvenirs de quartiers dans une belle envolée de violons martelés par un beat sec de type 90' où la voix rauque et un peu éraillée de Pacewon se pose admirablement. Impossible de passer à côté de cette saveur musicale, « The Eye of a Needle » déborde d'un suc urbain et d'un parfum chargé du solvant des graffs qui déchirent les briques rouges des murs. Classicisme parfait qui rappelle ce qu'on pouvait faire de mieux il y a dix ans, morceau presque anachronique.

Par ailleurs, le duo tient à réaffirmer les véritables valeurs du Hip Hop, un mic, des platines, les ingrédients indispensables pour un résultat magistral. Véritable signature musicale, et plus encore, « Hip Hop » est un hymne rendant hommage à un art de parler (It's da way we talk you know), à une manière d'être (It's da way we walk you know), et de prendre la vie sous un autre angle (It's to love the life you know), avec toujours ces onomatopées qui reviennent en boucle comme le son d'une cloche, Hip Hop !, Hip Hop ! et qui restent ancrées à vie dans votre cerveau. Durant ces 4 minutes 13, les images pleuvent. Une averse de Boots Timberland, de Bombers, de battles improvisées sur un corner, de blunts enduits de mauvais cognac s'abattent alors sous nos yeux nostalgiques.

Parfois, l'atmosphère se fait expérience plus stressante (« I need money »), puis semble d'un coup planer sur des airs de cuivre qui laissent s'échapper un mélange de voix insaisissables pour aussitôt retomber dans l'urgence, un peu comme dans la vie, un peu d'argent permet de souffler, mais la réalité revient vite au galop, cercle vicieux issue incertaine.

S'élève alors l'épique « Let a shot go », telle une marche impériale dans les rues humides et froides du New Jersey, bourrasque sonore qui dévisse les bouches d'égout de leurs trottoirs. Il serait trompeur de croire que cet opus ne renferme qu'une sorte de violence à peine étouffée. Des chants d'enfants viennent alors adoucir le tout selon une formule déjà usitée par Nas et Jay-Z sur leurs albums respectifs. Crèmes glacées et manèges, « Children sing » est un petit bijou de canon vocal et de production maîtrisée qui permet à Pacewon de poser un flow lent, esthétique avec une facilité déconcertante. Même performance sur le rétrospectif « Who I Am», ponctué par quelques notes de piano, simples, mais suffisamment évocatrices.

Le dynamisme de « Won on won » n'est pas en reste et pourrait atteindre des sommets de folie en live tant l'orchestration des cuivres est énergique et laisse place à un refrain clair, parfaitement scandé. Son cousin « She Be So Cold » à l'accent soul n'a pas à pâlir et semble une sorte de clin d'œil aux disques de papa qui tournaient sur une veille Technics qu'on n'avait pas le droit de toucher, mais qui était si tentante…

On l'aura compris, cet opus est comme une madeleine qui nous fait replonger dans les années 1990, et nous incite à retourner vers ce son si marqué et indémodable, vers ce que le rap faisait de meilleur à l'époque et qu'on écoute encore avec une certaine surprise d'un œil jamais lassé. Espérons qu'il en sera de même pour celui-ci.
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