Thaione Davis

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Biographie de Thaione Davis

A l’instar de Detroit, Chicago a vu sa scène hip hop se développer dans les années 1990 mais d’une manière moins fulgurante et expansive que sa voisine. L’absence de grosses figures internationales à l’exception de Kanye West (natif d’Atlanta) n’a semble t-il pas attiré les regards de la foule sur cette ville au passé sulfureux, à l’heure où le gangsta rap évoque des noms comme Scarface… Pourtant, Chicago possède un underground créatif articulé autour d’artistes talentueux tels que Common et No I.D, qui au début des 90’s contribuent à faire de la ville un vivier prometteur. Peu après, d’autres ont suivi le mouvement comme Rhymefest, parfois dans un style différent tel Vakill orienté vers un rap plus ténébreux beaucoup moins soyeux.

Noyé dans l’obscurité depuis la dernière décennie, Thaione Davis est un rappeur/producteur qui prend son mal en patience et dont les divers projets n’ont pas trouvé le succès escompté. Son association avec Infinito sur Low Income Housing ainsi que Burgundy (The Antebellum Collection) son premier album, ne parviendront pas à la rapprocher de la lumière. A Chicago comme ailleurs, la vie est cruelle. Difficile de se faire entendre lorsqu’on doit faire face à la masse de candidats et qu’on se retrouve soi même être un visage parmi tant d’autres. La solution : frapper un grand coup et c’est semble t-il ce qu’a décidé de faire Davis.

Pour cela, le MC a fait appel à Rashid Hadee, rappeur/producteur au nez fin à qui on doit le titre « Dreams » de Little Brother et surtout Dedication, album splendide aux réminiscences soul d’une justesse inaltérable. Vu sous cet angle, le projet s’annonce prometteur. Alors n’hésitons plus une seconde et affirmons le bien haut, Still Hear est un opus réussi, et même au-delà.

Car l’album bénéficie d’un travail soigné qui trahit (une fois n’est pas coutume) un goût prononcé pour les ambiances 90’s soulful. Original non ? Si la formule a été maintes fois utilisée, recyclée, digérée, il faut avouer qu’elle suscite toujours autant l’intérêt des principaux concernés. L’écoute seule du titre éponyme « Still Hear » suffira à convaincre les mauvaises langues, grâce à sa tonicité rafraîchissante et son sample soul frissonnant qui en fait l’un des morceaux majeurs de cette galette qui réserve d’énormes surprises. Ravissement pour les oreilles, Still Hear fait preuve de justesse dans le choix des productions (« The Gambit », « Problems », « Bottomline ») qui affichent une certaine assurance et un sens aigu de la composition. Les émotions sont riches. Ainsi passe-t-on d’une subtile balade sur fond de harpe (« Inside Your Mind »), à une atmosphère électrisée par les accords incisifs d’une guitare rock sur « Subliminal ». Entre les deux, Rashid Hadee se permet un petit intermède sur « Confessions OF An Adolescent » dont l’introduction repose sur la pertinence de la citation du « Little Ghetto Boy » de Donny Hathaway.

Hommage plus ou moins conscient aux mythiques années 90, Thaione Davis évolue avec facilité sur un boom bap récurent à l’efficacité redoutable (« Deception », « One Two »). Les accents jazz contribuent à donner une allure élancée à « Observation Incomplete » dont le contraste avec « Tradesmen » est simplement saisissant.

Point de fioritures ici, tout semble établi au millimètre près. La voix cristalline ainsi que la précision du MC font de Still Hear un rap exaltant, fidèle aux canons traditionnels. Un vent salvateur souffle désormais sur l’underground de Chicago. Espérons que ce combo ne s’arrêtera pas en si bon chemin.
   

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